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Jeudi 1 septembre 2005

 

C'est à l'abri de mon doux carpe diem que je prépare ce petit récit de ce qui restera donc ma première véritable navigation en solitaire. Je dis à l'abri car il est seulement 10 h du matin - heure locale - et le soleil frappe déjà fort ici à Lisbonne.

 

 

 Cette navigation m'aura pas mal marqué pour évidemment plein de raisons ... la première vraie solo, la longueur et la durée (263 NM, 83 heures, 3 jours et demi), l'arrivée dans la capitale portugaise, les évenements de la route, surtout sur les derniers miles... je m'en vais donc vous relater tout ça , journal de bord à l'appui.

 SAMEDI 27 AOUT

8h00, je quitte la compagnie de Lili, les potes de Dunkerque que je retrouverai à Lisbonne trois jours plus tard. Je hisse la Grand Voile tout plein d'excitation, de questions, d'angoisses aussi un peu, forcément ; vais je arriver a gérer mon sommeil correctement, les réparations faites à Camarinas tiendront elles toujours le coup, n'y aura t il pas trop de cargos sur la route... Je pense avoir fait le maximum, je pars confiant. Pour le reste, Carpe Diem.

 
 Sortis de la baie de Bayona, première surprise, le vent, prévu au Nord Nord Est, hale au sud Ouest, plein dans le nez pour la route que j'avais prévue. Je prend donc une route plein Ouest pour m'écarter rapidement de la route des cargos et passer la nuit sans trop d'inquiétudes. Le Carpe file 4.5 noeuds au pres tout dessus, une vingtaine de dauphins et de gobicéphales nous rejoignent pendant une paire d'heures. Lili a pris la mer et file plein sud au moteur, dernier contact par radio avec la petite famille belge, bonne route, rendez vous à Lisbonne !

 

Le vent mollit heure après heure. A 16:00 jai parcouru seulement 25 NM et pas grand chose verfs le Sud ; a ce rythme il me faudrait 10 jours pour atteindre Lisbonne...Le vent tombe complètement et je dois me résigner à allumer le moteur pour ne le stopper que 5 heures plus tard.
 Content d'avoir fait un peu de sud quand même. Aujourd'hui, c'est le mariage de l'amie flo...

 DIMANCHE 28 AOUT  
 1h15 du matin, moteur arrêté, vent nul, visibilité < 10 NM. 20 Miles au large du portugal par 1200 mètres de fond sous la quille. Je vais dormir; le Carpe Diem est à la cape sèche (toute voile affalé, jé dérive), la mer est plate.  
 J'ai aménagé un bon couchage dans le carré et branché le réveil antichoc à sonnerie ultra forte. Le Carpe Diem a le désavantage de ne pas être isolé mais pour la navigation solo cela devient un avantage...

 

j'entends les machines d'un cargo a l'intérieur alors qu'il est encore à plus de 5 miles, les cargos filant 20 - 25 noeuds et ayant le sommeil très léger, ça me laisse 2 à 3 minutes des que je l'entends pour sauter du lit, enclencher le bourrin et éviter une éventuelle collision.

 Malgré cela, je ne m'accorde que des plages de 25 minutes de dodo, entre chaque dodo, je fais un tour d'horizon rapide et hop retour dodo.  
 8h00, le vent se lève, bien du Nord Est cette fois ci, 2 à 3 Beaufort. Je remets toute la toile disponible sur le Carpe Diem. Cap au 190°, au Largue, Bob le régulateur fait des merveilles après que je lui ai accordé un peu de temps au réglage. Dans les prochaines 24 heures je vais avaler 110 Miles sans toucher à la barre avec un vent ne dépassant pas 3 Beaufort. Une mer bien belle, les dauphins par intermittences, un beau coucher de soleil, la mer comme je l'aime ...

 

J'ai passé ma journée à refaire quelques points de couture sur le tourmentin (la voile de tempête) qui avait un peu souffert en manche et surtout beaucoup bouquiné... "l'éducation d'une fée" de Van Cauwelaert... la 4eme de couverture annonce simplement "Une fille à la dérive peut elle devenir une fée parce qu'un petit garçon a décidé de croire en elle ?" Des questions comme celle ci ne devraient même pas pouvoir être posées.

 

 

Première nuit sous régulateur d'allure. Je reprends le rythme de la nuit précédente pour des petits sommes de 25 minutes ; avec ce cap là je suis droit sur la route de remontée des cargos sur la route Porto - Cap Finistere...

 

 LUNDI 29 AOUT

8h00, 50 miles au large de Figueira da Foz. J'ai passé une nuit agitée, ai croisé 22 cargos en 10  heures, j'ai fait sauté quelques sommes pour finalement ne dormir que 3 heures au total sur toute la nuit. Et pour couronner le tout, le vent faiblit ; à 10h du mat plus rien, pas un souffle et une sale houle de Nord Ouest de 1, 5 m. Je suis au milieu de la route des cargos et avec cette houle, pas moyen de mettre à la cape sèche, je serai trop remué. Dépité, j'allume le moteur, route au Sud Est pour aller chercher un peu d'air près de la côte et éloigner la route de ces maudits cargos.

 

 

15h00. Toujours pas de vent. Sorti de la route des cargos, j'affale tout, tant pis pour la houle, j'ai vraiment besoin de dormir. Je branche le réveil et hop dodo... pour ne me réveiller que 2 heures plus tard... Merde !!!! le roulis a fait tomber le réveil dont l'alarme s'est désarmée et du coup jai dormi un peu plus longtemps... pas sérieux lolo ! ! ! je fais un tour d'horizon, remets l'alarme, amarre le réveil et retourne dormir.

 

A 19h00, un peu  d'air m'aide à rejoindre les abords de la côte en quelques heures. En hissant la GV, le winch de drisse fait des siennes et la manivelle part en marche arrière à toute vitesse et vlan ! un uppercut dans la machoire à lolo. Carpe Diem vainqueur par KO sans discussion possible, je mettrais un bon quart à me remettre du choc...faudra réparer ce foutu winch à l'escale.

Une fois sous voile tout va mieux, les dauphins reviennent et le Carpe file bien dans ses petits airs. un jour peut être j'essaierai d'envoyer le spinnaker.

 MARDI 30 AOUT

Et rebelote, revoilà la pétole à une dizaine de miles des côtes plus rien, pas un souffle, à 1h00 du matin, sans houle, je met à la cape pour aller dormir en veillant à l'amarrage du réveil...

 

 

3h00 : un chalutier s'approche d'un peu trop près sans pour autant être en manoeuvre, je lui signale ma présence par un coup de projecteur. Pas de réaction. Il ne fait pas route vers nous mais et quand même pas très loin. Je redescends m'allonger et là surprise d'entendre au bruit des machines que le con accélère vivement, je regarde par le hublot ; ce connard fonce vers moi ! ! !

 Je saute dans le cockpit allume le bourrin, plein gaz, route au nord. Ouf, ca s'est joué à peut être 1 minute. J'attrape la VHF (radio) et directement sur le canal 16 (normalement le canal d'urgence) j'envoie ma haine dans toutes les langues qui viennent : le gus aura droit a du "Mother Fucker" du "Hijo de puta" et du "enculé de pêcheur" en boucle pendant 2 minutes et avec en intermittence le rappel de son immatriculation histoire que tout ce qui est sur les ondes l'identifie bien.  

    -     "Hey sorry Man, really, i didn't see you, excuse me sir" m'interrompt le con, toujours sur le canal 16

 - "i do not excuse you ! you're a fucking asshole" a t il droit en guise de réponse  avec un accent apparament bien frenchy pour que le type se mette tout à coup à me parler en très bon français

  

-   je suis désolé Monsieur, vraiment, pardonnez nous. nous venons de remonter le chalut et pensant que nous étions seul sur zone, j'ai simplement enclenché le pilote automatique sur la route du retour et poussé les machines au max. Vraiment je suis désolé. Pouvons nous dégager sur le canal 72 ?" demande t il

  -   "Je reste sur le 16" lui répondis je

   -  "et ça tombe bien que tu parles français , tu comprendras mieux ainsi ce que j'ai à te dire...

(je reprends mon souffle et tente de me calmer mais ça part comme une fusée)

  -   "t'es qu'un gros enculé qui prend la mer pour ton terrain de jeu , tu crois que parce que t 'as fait de la mer ton métier tu y a droit plus que les autres, je te maudits et j'espere que tu vas creuver en mer à la prochaine tempête et que ton fils deviendra pêcheur et qu'il en crevera aussi ! bouge de là gros con j'arrive à Lisbonne et t'as un rapport de mer sur le dos je t'assure. Carpe Diem, Terminé ! ! ! "

 Je coupe la radio. je ne veux pas attendre sa réponse ni avoir affaire avec les éventuelles autorités sur les ondes ; l'histoire du rapport c 'est juste pour le faire flipper, j'espère que ça lui suffira comme leçon de s'angoisser pendant les prochaines semaines.

  

Je fais quelques miles au moteur pour m'éloigner de la zone et remets à la cape pour reprendre ma nuit par phases de 20 minutes. Je pense avoir assez fait assez de ramdam pour qu'on me foute la paix.

 8h00. réveil. pas de vent, je suis toujours fatigué et un peu stressé, je réalise ce qu'il s'est passé cette nuit...coup de déprime à 20 miles des côtes. Je mets le bourrin pour faire route au sud et arriver au plus vite à Lisbonne, encore distante de 50 miles. Bourrin allumé ça veut dire pas de problème de batteries, je branche la musique et oh merveille avec l'océan à 360 degrès je me paye deux heures de medley au hasard des albums de Bob Marley, Radio Bemba et Ska P. le moral remonte en chantant sur le carpe... jusqu'à ce que la brume me tombe sur la gueule ! ! !  
 En deux miles la visibilité est passée de 10 miles (20 kms) à guère plus de deux cents mètres. Je réduits les gaz pour n'avancer plus qu'à 3 noeuds. J'approche du Cap Roca qui marque l'entrée de la baie de Lisbonne, après le cap il n y aura plus que 6 ou 7 heures de mer.

 

 La brume angoisse, je n'ai pas de radar, ni même de détecteur de radar... même barre amarée je suis donc contraint de maintenir une veille permanente dans le cockpit. Le taux d'humidité dépasse les 80 % , je dois donc remettre botte et ciré... et dire que ce matin j'étais à poils pennard à danser sur Radio Bemba, putain la rançon du bonheur est chère sous ces latitudes...

 Soudain, 2 gigantesques coups de cornes de brume par l'arrière tribord. J'en sursaute, je ne suis pas encore au Cap Roca, cela ne peut être qu'un cargo ou un pêcheur...avec un tel boucan j'ai cru que ce con n'était pas bien loin, probablement... mais lui au moins a bien agi. J'imagine qu'il a du voir mon écho sur son radar et m'a signalé ainsi sa présence. Sympa, gars.

  Après 3 heures de route au moteur dans ce foutu banc de brume j'atteinds enfin le cap Roca et deux miles plus sud la brume se dissipe et laisse place ô grand bonheur à une belle brise de Noroit. Je renvois donc toute ma toile et voilà le Carpe Diem qui file vers Lisbonne à 6.5 noeuds , ça fait du bien de refaire de la voile ! ! !

 A 16h00, bien fatigué mais en vue du fameux pont du 25 Avril, j'affale tout et commence la remontée du Tage. Pas de souci particulier si ce n'est la gamberge habituelle à l'approche de l'escale : ne serais je pas mieux à rester en mer ? que vais je trouver à terre ? ...

                                               

 

A 19h00, je suis amarré à nouveau près du Lili, ici à Lisbonne.

Mettant pied à terre, le premier bateau en face me présente sa poupe toute symbolique...

                                     

Par JIM HAWKINS - Publié dans : Escales et Mouillages
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Commentaires

Merci pour ce récit si détaillé ! je viens de faire 3 jours de mer !! c'est incroyable de te lire, de voir tes photos, on a beau s'immaginer, je crois que ce n'est rien à côté de ta réalité ! je suis fière du capitaine ! et encore plus de l'homme ! (et je te reconnais bien dans tes slaves d'insultes...)
Commentaire n°1 posté par amieflo le 02/09/2005 à 10h02
wouah! que d'aventure!! d'accord avec flo, on s'y croirait..
Les photos renvoient du calme et de la volupté, sauf quand un chalutier est en vue a priori..
Profites du repos lors de ton escale pour te remettre de tes emotions...
Commentaire n°2 posté par maud le 05/09/2005 à 12h41
Il faut vraiment être un charlot pour naviguer sans s'assurer qu'il n'y a rien devant (avec ses yeux ou à défaut un radar). Décidement la mer est accessible a n'importe quel charlot.
Les insultes toutes aussi illégales sur le 16 donnent aussi une bonne indication sur le niveau d'éducation du barreur.
Commentaire n°3 posté par nonaux charlots le 05/12/2008 à 05h24
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