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Dimanche 6 mai 2007
Un buisson sec ’envole, rencontre un poteau télégraphique, revient sur la piste, s’enfuit dans la poussière. Le vent l’emporte, le vent le guide : vif, lunatique et inconscient. Je perds le buisson dans la pénombre. Dans mon ciel aujourd’hui le Puntero m’indique la Croix du Sud. Et je ne sais toujours pas quelle branche de la croix prolonger pour trouver le sud.


J’ai perdu l’horizon et je ne peux trouver ma direction. Alors je mets à la cape, à nouveau. Et je songe.

 



La Patagonie me touche. J’aime ses grandes étendues vierges, sa nature sauvage ses mouillages difficiles et ses distances infernales, son vent.

J’aime ses gens, ces hommes et ces femmes qui ont peuplé à la force des poumons ces terres inhospitalières. Florilège. Des rencontres qui, plus que des souvenirs, sont aujourd’hui des copains.

 


Julio est un plongeur professionnel : il refait les moles des ports patagons et les hélices des pêcheurs en compagnie des otaries et des orques. A part un super héro, c’est aussi un type amer, sarcastique et honnête. Dani est un philosophe reconverti en marin épicurien ; ne t’en vas pas naviguer en Te rre de Feu, s’il te plait : tu vas me manquer ici. Il y a Facundo aussi qui prend sa revanche sur les griffures de la vie très au sérieux : mais il a aussi un humour adorable. Je vois encore souvent son amie Veronica, qui chante merveilleusement et papote comme une reine. Il y a les chercheurs aussi : Pablo compte les pingouins, Flavio les pétrels, Javier les dauphins…Quel dommage que vous soyez si loin à Camarones Silviana et Jorge… j’ai tant à apprendre de vous. Si vous passez un jour dans ce petit village perdu, suppliez (il faut bien ça) Silviana de sortir sa magnifique collection de flèches et boleadoras indigènes. Son mari Jorge est un russe borgne et philanthrope qui pourra vous emmener pêcher les plus gros saumons du  coin ou vous concocter un tendre agneau à la broche. Et puis Malevo, qui a plongé des années durant avec Cousteau et qui tous les jours encore à 72 ans part chasser seul sous l’eau… Et puis Cheila, son hospitalité infaillible... et puis voilà je suis de nouveau en Patagonie : qu’on ne s’étonne plus que je donne peu signe de vie. A trop vivre, à trop recevoir, j’en avais oublié de donner.

 

Je suis à Puerto Madryn, j’ai décidé dans faire mon terrain de jeu pour quelques temps. Aujourd’hui le serveur du troquet au croisement de la rue 28 Juillet et Belgrano a décidé de ne plus me considérer comme un touriste. Je suis à Puerto Madryn et j’y reste. Je continuerai à naviguer, moins en solitaire certainement. Je voudrais faire profiter, offrir à partager. Participer à ma manière à la sauvegarde de la Patagonie, tenter de lui rendre un peu de ce qu’elle m’offre au quotidien.

 

 

Très bientôt, je vous conterai les idées.

 

 

Par JIM HAWKINS - Publié dans : Le temps de vivre
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